La semaine dernière, le quotidien de cette PME des plus ordinaires a montré ses fragilités. Des collaborateurs dispersés sur des priorités nombreuses et concurrentes, un responsable absorbé par le court terme et son rôle de pompier de service, des ressources par essence insuffisantes pour tout mener de front. À la première difficulté, l’organisation s’est révélée incapable de concentrer ses efforts là où l’enjeu était décisif.
Comment sortir de cette impasse ? En 1903, Ferdinand Foch (le futur maréchal vainqueur de 1918) publie le cours de tactique générale qu’il donnait à l’École de guerre. Il formule alors trois principes tactiques qui répondent exactement à cette question.
Premier principe : l’économie des forces
Pour Foch, l'économie des forces ne signifie pas avarice ou parcimonie, juste l'usage intelligent de ressources toujours limitées. Il s'agit de ne pas gaspiller. Engager des moyens surdimensionnés pour un objectif donné, c’est gaspiller des ressources qui manqueront ailleurs. Le maître mot : engager les moyens nécessaires mais suffisants et garder une réserve pour l'imprévu.
Un manager qui alloue 100% de son budget dès janvier, une équipe qui tourne à 100% de capacité en permanence, un dirigeant qui s'engage personnellement sur chaque dossier sans jamais déléguer, violent ce principe d'économie des forces. Avec cette conséquence : quand l'imprévu arrive (et il arrive toujours), aucune marge de manœuvre.
Imaginons une PME industrielle confrontée à une forte volatilité des commandes, où le dirigeant choisit de ne pas saturer son outil de production. Il maintient volontairement 10 à 15 % de capacité disponible, renonce à certains contrats à faible marge et constitue une réserve budgétaire dédiée aux aléas fournisseurs. Lorsque survient une rupture d’approvisionnement chez un concurrent, il absorbe immédiatement la demande supplémentaire et consolide sa position.
Deuxième principe : la concentration des efforts
Il ne faut pas se méprendre. Cela ne signifie nullement tout faire en même temps, mais Foch explique qu’au contraire, c’est choisir un objectif prioritaire et y consacrer l'essentiel de ses ressources pendant le temps nécessaire. Le contraire de la dispersion qui dilue les efforts sans produire en réalité de résultats significatifs.
Un manager lance dix projets simultanément sans en terminer un correctement. Une direction fixe quinze priorités à ses équipes ce qui en pratique revient à n'en avoir aucune. La concentration exige de faire des choix parfois difficiles, de renoncer temporairement à certains objectifs pour en atteindre un de manière décisive. L’objectif principal du moment.
Telle cette PME de services numériques qui accumule les besoins : refonte du site, nouveau CRM, diversification d’offre, recrutement, expansion régionale. Le dirigeant fixe un cap unique pour six mois : sécuriser et industrialiser l’offre cœur de métier. Chaque équipe conserve ses responsabilités courantes, mais oriente d’abord son énergie, ses arbitrages et ses décisions vers cet objectif central. Les autres projets sont maintenus mais en mode secondaire, sans disputer les ressources critiques à l'objectif principal. Le principe de la priorité.
Troisième principe : la liberté d’action
Peut-être le plus important et directement lié aux deux premiers principes. Foch enseigne que la liberté d'action n'est pas la liberté de faire n'importe quoi, mais la capacité à conserver l'initiative, à ne pas être contraint par les circonstances, à pouvoir adapter son plan selon l'évolution de la situation. Il faut donc en avoir la possibilité (l’économie des moyens) et la maîtrise de l’atteinte de l’objectif (concentration des efforts).
Un manager qui a trop planifié, trop rigidifié ses processus, trop engagé ses ressources, perd toute liberté d'action. Il devient prisonnier de son plan initial et ne peut plus s'adapter quand la réalité change.
A l’inverse, cette PME prépare depuis un an le lancement d’un nouveau produit. Études finalisées, budget engagé, campagne prête. Mais trois semaines avant la mise sur le marché, un concurrent majeur annonce une innovation disruptive qui va changer la donne. Le dirigeant ne s’obstine pas. Il redéploye immédiatement une partie des équipes vers une adaptation technique différenciante, réoriente sa communication et révise ses engagements avec fournisseurs et clients. Parce qu'il n'a ni saturé ses capacités ni verrouillé chaque étape, il conserve la main et transforme une menace en opportunité.
La complémentarité de ces trois principes
Les trois principes de Foch forment un système cohérent. L'économie des forces dégage des ressources disponibles. La concentration des efforts décide d’engager ces ressources sur l'objectif prioritaire. La liberté d'action permet de ne pas subir les événements et de réorienter les efforts si nécessaire, voire de fixer un nouveau but à atteindre. C'est ainsi que vous gardez la main sur votre destin, plutôt que de le confier au hasard.
Et vous, respectez-vous ces trois principes ? Gardez-vous une réserve (économie) ? Avez-vous vraiment UN objectif prioritaire (concentration) ? Pouvez-vous toujours changer de cap si nécessaire (liberté) ?
Créé avec ©systeme.io