cet article a fait l'objet de ma newsletter du 17 mars 2026
Managers et dirigeants cherchent des principes de leadership intemporels, loin des modes managériales éphémères. Découvrez les conseils d'un colonel de 1912 qui révolutionnent encore aujourd'hui la façon de manager avec respect et efficacité.
Mai 1912: Louis-Ernest de Maud'Huy range ses affaires. Après deux années à commander le 35ème Régiment d'infanterie, il quitte Belfort.
Avant de partir, ce colonel de 55 ans prend sa plume. Il écrit une longue lettre à son second - un "testament militaire" bourré de conseils sur l'art de commander. (les citations en italiques sont tirées de cette longue missive, avec le vocabulaire de l'époque: inférieur n'est que l'antonyme de supérieur).
La surprise ? Plus d'un siècle après, chaque ligne de cette lettre pourrait être affichée dans nos open spaces et nos salles de réunion.
Pendant qu'on débat encore du "management bienveillant" comme d'une révolution moderne, ce militaire l'appliquait déjà en 1910.
Louis-Ernest de Maud'Huy n'était pas qu'un officier. Saint-Cyrien, professeur à l'École supérieure de guerre, futur général durant la guerre 14-18, il fut aussi le premier chef des Scouts de France et député de Moselle après-guerre. Un homme qui a traversé tous les milieux : militaire, éducatif, politique.
Maud'Huy avait déjà la réputation justifiée d'être un spécialiste de l'art du commandement. Mais son approche était différente : Une vision du leadership basée sur le respect de l'humain plutôt que sur la terreur hiérarchique.
À une époque où autorité pouvait se conjuguer avec brutalité, Maud'Huy prônait déjà une approche que nos écoles de management découvrent à peine.
1. Respecter la personnalité de ses subordonnés
"J'ai toujours été convaincu que le supérieur doit respecter la personnalité de ses subordonnés; ceux-ci ne remplissent jamais évidemment son idéal absolu."
Vos collaborateurs ne sont pas des clones. Le "mouton à 5 pattes" n'existe pas. Employez leurs qualités au lieu de vous focaliser sur leurs défauts.
Application concrète : Lors de vos entretiens individuels, commencez par identifier les forces naturelles de chaque personne. Construisez leurs missions autour de ces forces.
2. La politesse élève, la grossièreté rabaisse
"Soyons toujours polis avec nos inférieurs ; quand on est poli, on élève ceux à qui on s'adresse, quand on est grossier on se rabaisse soi-même… La politesse seule rend supportable la dureté d'un reproche."
Un feedback difficile passe mieux avec des formes. L'impolitesse vous décrédibilise plus qu'elle ne corrige.
Application concrète : Même pour un recadrage ferme, gardez un ton respectueux. "Je dois te parler d'un problème important" plutôt que "Ah ! Encore une erreur !"
3. Couvrir ses collaborateurs quand ils exécutent vos ordres
"Couvrons toujours nos subordonnés quand ils ont exécuté ou cru exécuter nos ordres."
La responsabilité d'un mauvais résultat appartient d'abord au manager. Soit votre ordre était mauvais (responsabilité directe), soit il était mal formulé ou mal vérifié (responsabilité partagée).
Application concrète : Face à votre hiérarchie ou vos clients, assumez la responsabilité pleine et entière. Traitez les ajustements nécessaires en privé avec votre équipe.
4. Inspirer la confiance, pas la terreur
"Ne cherchons pas à inspirer à nos subordonnés la terreur mais la confiance : qu'ils ne craignent pas mais désirent la présence du chef."
Vos collaborateurs doivent avoir envie de venir vous voir quand ça va mal, pas l'inverse.
Application concrète : Testez-vous ! Vos équipes viennent-elles spontanément vous parler de leurs difficultés, ou attendent-elles que vous les découvriez ?
5. Sanctionner est un devoir, pas une vengeance
"Punir n'est pas seulement un droit ; c'est surtout un devoir, souvent pénible, mais auquel on n'a pas le droit de se dérober."
Éviter les recadrages par confort personnel ou par peur nuit à toute l'équipe. Mais sanctionnez avec justice, pas sous le coup de l'émotion.
Application concrète : Attendez 24h avant toute sanction importante. Discutez d'abord avec la personne pour comprendre les circonstances.
6. Déléguer vraiment, pas faire à la place
"Instruisons nos subordonnés directs et commandons par leur intermédiaire, surtout, ne faisons pas leur métier : nous ne ferions pas le nôtre."
Si vous faites le travail de vos collaborateurs, vous ne faites plus le vôtre. La micro-gestion tue l'autonomie.
Application concrète : Formez, fixez les objectifs, contrôlez les résultats. Mais laissez vos équipes choisir leurs méthodes.
7. Chercher l'estime, pas la popularité
"Ne cherchons pas à nous faire aimer de nos inférieurs, mais à nous faire estimer d'eux."
Un manager n'est pas un copain. Votre job : être respecté pour votre compétence et votre équité, pas "aimé" (superficiellement) pour votre complaisance.
Application concrète : Prenez les décisions difficiles quand il le faut. L'estime se construit sur la cohérence, pas sur la facilité.
Situation classique : un commercial de votre équipe perd un gros client à cause d'une erreur de devis.
Et une réaction malheureusement aussi classique de nos jours : le "Comment tu as pu faire ça ? Ce client représentait 20% de notre CA !", asséné en pleine réunion.
L’approche de Louis de Maud'Huy :
Pas de reproche public devant l'équipe ;
Un entretien privé pour comprendre les circonstances ;
Assumer la responsabilité face à la direction ("Mon équipe a fait une erreur") ;
Analyser les causes : formation insuffisante ? Process défaillant ? Surcharge de travail ?
Corriger le système pour éviter la récidive ;
Sanctionner si nécessaire, mais avec justice et explication.
Et un résultat : Le commercial apprend sans être humilié. L'équipe voit un manager juste. La confiance se renforce.
En raison de ce paradoxe moderne. On parle sans cesse de "management bienveillant" mais on pratique encore trop souvent :
La micro-gestion anxiogène ;
Les reproches publics qui humilient ;
Le rejet de responsabilité sur les équipes ;
La recherche de popularité plutôt que de respect ;
La confusion entre autorité et autoritarisme.
La leçon de Louis de Maud'Huy : La vraie autorité vient de la compétence et du respect mutuel, pas de la position hiérarchique.
Les 3 erreurs qui empêchent d'appliquer ces principes:
Erreur 1 : Confondre bienveillance et faiblesse.
Solution : Être exigeant ET respectueux. Les deux ne s'opposent pas.
Erreur 2 : Vouloir être "aimé" plutôt que respecté.
Solution : Accepter que votre rôle implique parfois des décisions impopulaires mais justes.
Erreur 3 : Oublier que manager, c'est servir son équipe.
Solution : Votre succès se mesure aux résultats de vos collaborateurs, pas aux vôtres.
Choisissez UN des sept commandements et appliquez-le systématiquement pendant une semaine :
Lundi & Mardi : "Respecter la personnalité" - Identifiez une force méconnue chez chaque collaborateur.
Mercredi & Jeudi : "Politesse en toute circonstance" - Gardez les formes même dans les moments difficiles.
Vendredi : "Couvrir ses équipes" - Assumez publiquement une erreur de votre équipe.
Observez ensuite : Comment réagissent vos collaborateurs ? L'ambiance change-t-elle ?
Louis-Ernest de Maud'Huy est mort en 1921. Ses principes ont 112 ans.
Ils restent plus actuels que bien des théories managériales d'aujourd'hui. Pourquoi ? Parce qu'ils sont basés sur une vérité simple : on obtient le meilleur des gens en les respectant, pas en les écrasant.
À une époque où l'autorité était assez souvent synonyme de brutalité, ce colonel avait compris que la vraie force d'un leader vient de sa capacité à élever ses équipes.
Et vous ? Quel principe de Maud'Huy allez-vous tester dès demain ?
Ces principes intemporels vous inspirent ? Avez-vous déjà expérimenté certaines de ces approches ? Partagez votre expérience en commentaire - et découvrez comment des dirigeants d'aujourd'hui appliquent ces leçons de 1910.
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