Cet aphorisme m'a été assené dès mes premiers jours à Saint-Cyr, cette école « où l'on entre sans calcul d'ambition ni d'intérêt… parce qu'on a soif de grand air et de mouvement, qu'on a le goût de l'action et une âme prête à se dévouer ».
On me l'a rappelé quasi quotidiennement durant deux ans. Difficile de l'oublier.
Derrière ces quelques mots se cache toute l'essence du management.
Ne rien faire
Le manager n'est pas un exécutant. Il ne fait pas à la place de son équipe. D'ailleurs, il le fait souvent moins bien qu'eux.
Faut-il être le meilleur tireur pour bien commander une section d'infanterie ? Le meilleur joueur de rugby pour manager avec succès une équipe ?
Non. Ce qu'on demande au manager, c'est justement ce que les autres ne peuvent pas faire à sa place : décider.
Louis de Maud'Huy le formulait déjà en 1912 : « Instruisons nos subordonnés directs et commandons par leur intermédiaire ; surtout, ne faisons pas leur métier : nous ne ferions pas le nôtre. »
Ne rien laisser faire
S'il ne doit pas faire, le manager ne peut accepter le "laisser faire".
Son job : s'assurer que tout se déroule conformément à ce qui a été prévu et décidé.
On ne parle pas là de micro-management ou de tracasseries excessives. On parle d’un sain contrôle : vérifier l'avancement d’un projet ou d’une mission, s'assurer que chacun dispose des moyens et compétences nécessaires, confirmer que chacun a bien compris son rôle au sein de l'ensemble.
Le contrôle n'est pas de la méfiance. C'est de l'exigence.
Tout faire faire
Recruter, organiser, planifier, diriger, contrôler, motiver, former, responsabiliser… et toujours décider, cet acte solitaire souvent né d'une réflexion collective.
Le manager fait faire. Il ne fait pas lui-même, il ne laisse pas faire n'importe quoi, il fait faire.
Pour cela, deux leviers essentiels : des fiches de poste claires et la délégation réelle (on y reviendra la semaine prochaine).
Herbert von Karajan le résumait ainsi : « Vous ne jouerez jamais aussi bien que le meilleur de vos musiciens. L'important, pour le chef d'orchestre, c'est de savoir ce qu'il lui est possible d'exiger. »
Un test pour cette semaine
Observez votre mode de fonctionnement pendant trois jours. Quand vous intervenez directement sur un dossier, posez-vous la question : "Est-ce que je fais à la place de mon équipe ?"
Si oui, demandez-vous pourquoi. Parce que c'est plus rapide ? Parce que vous ne leur faites pas confiance ? Parce que vous n'avez pas pris le temps de leur expliquer ?
Le manager qui fait à la place de son équipe ne manage pas. Il travaille deux fois.
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