Les conseils du maréchal de Belle-Isle à son fils « Vous n'avez jamais vu un être souffrant sans désirer vivement de faire cesser ses maux ou de les alléger ; conservez, mon fils, cette sensibilité précieuse…Ne laissez passer aucune semaine sans visiter une ou deux fois les malades de votre régiment ; parlez à chacun d'eux avec bonté; écoutez leurs plaintes et faites-les cesser ».
Jeune lieutenant dans l’un des rares régiments pros de l’époque, j’ai découvert ce service, que nous prenions parfois, avec légèreté, comme une « corvée ». Toutes les semaines, à tour de rôle, un officier rendait visite à nos malades ou blessés à l’hôpital militaire de la région. A partir de la liste fournie par notre médecin-chef, un contact préalable avec l’encadrement de chacun des hospitalisés, les messages à transmettre dans le deux sens, l’écoute bienveillante des besoins, des attentes et le compte-rendu systématique à l’issue.
C'était précisément pour combattre cette vieille expression : loin des yeux, loin du cœur.
20 ans plus tard, à la tête de mon régiment. On m'affecte, contrairement aux procédures habituelles, un sous-officier très gravement malade, vivant ses derniers jours et rapatrié d'outre-mer vers un grand hôpital parisien. Il n'avait jamais servi au régiment, je ne le connaissais pas mais nous appartenions à la même Arme. Il existe pourtant un organisme dédié à la gestion administrative de ces cas très spécifiques. Lorsque j’ai posé la question de cette exception, on m'a répondu fort judicieusement : il a bien servi les Troupes de Marine. Il le mérite. Et on sait qu'au régiment, vous l'accompagnerez ainsi que ses proches conformément aux traditions. Ce qui fut fait.
Cette obligation morale révélait un principe : ce qu'un collaborateur est importe plus que ce qu'il apporte.
Historien et ancien élève de Normale Sup devenu officier de carrière, résistant et mort en déportation en 1944, Henri Morel écrivait dès 1930 : « Cette courtoisie profonde est la plus grande habileté et la source du plus grand pouvoir…L’homme qui ne se sent pas devant vous comme un nom ou comme un numéro, qui sait ou croit que vous avez saisi cette chose profonde et subtile que nous avons, par commodité, nommée âme, cet homme se donne à vous…Il y a tel regard qui va bien plus profond ».
Et cela fonctionne. Certainement pas par des méthodes à la mode, du baby-foot dans la salle de pause à l'escape game annuel, mais à travers la reconnaissance individuelle qui forge un esprit de cohésion couplé à un profond sentiment d’appartenance. Non par la politesse élémentaire affichée par le management bienveillant, mais par l'attention réelle à la personne, pas au « collaborateur productif ». Ce n’est nullement de la charité ou de la compassion, mais du management réel et humain.
Une attitude que l’on peut aisément adopter telle quelle au sein d’une équipe ou d’une PME. Dans une administration ou un grand groupe, la direction pourra au moins faciliter, encourager de telles attitudes sur chacun des sites, des établissements (à taille humaine), sans oublier d’appliquer elle-même ces bons principes à leurs collaborateurs directs du siège.
Et dans votre environnement professionnel, avez-vous osé cette attention réelle ? Celle qui reconnaît la personne avant le collaborateur ?
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