Recadrer même les bons

Un petit retour à Dakar, au sein du PC de crise. Nous sommes en tension permanente depuis plusieurs mois.

Un renfort arrive de Paris pour quelques semaines, un officier qualifié, excellent dans son travail. Il devient rapidement indispensable grâce à ses analyses et ses propositions.

Puis une soirée de cohésion, pour souffler. Le plaisir de se retrouver hors de notre quotidien, en famille. Je ne suis pas témoin direct mais le lendemain matin, mes adjoints m’alertent sur un comportement déplacé vis-à-vis d’une jeune femme, cadre permanent de l’état-major qui a choqué, particulièrement les conjoints. L'ambiance se dégrade.

Je ne convoque pas cet officier immédiatement. Je prends le temps d'écouter, de vérifier, de réfléchir puis je vais le chercher dans le PC de crise, en fin de journée. Geste volontaire, visible de tous car mes permanents doivent voir que je traite l'affaire.

Tête-à-tête dans mon bureau. Je reconnais d'abord la qualité de son travail. Puis j'expose les faits rapportés, montre en quoi son attitude n'est guère défendable. Surtout, j'explique les conséquences sur la cohésion de l'équipe, indispensable pour poursuivre et réussir notre mission. Ensuite j'écoute. Vraiment. Ses justifications : une mission loin de son cadre habituel, l'isolement relatif de quelqu'un de passage au sein d'une équipe soudée, la pression de la crise, la fatigue qui s'accumule. Je comprends.

Mais mon exigence reste ferme : « Je vous demande de vous excuser auprès du patron du PC et de la personne concernée. Ensuite, un comportement irréprochable jusqu'à la fin de mission. C'est non négociable. Sinon, retour anticipé à Paris et la notation qui va avec. »

Il a fait les efforts nécessaires. Sans changer la qualité de son travail, il a passé plus de temps au PC, suppléé ses collègues, mieux échangé avec eux. L'équipe avait reconnu ses compétences. Elle a mieux accepté sa présence et salué avec un petit cadeau son départ.

Le point clé: recadrer dès le premier faux pas. Pas de laxisme. Pas d'exception. Même avec vos meilleurs éléments.

Cependant, Un manager qui réagit en public humilie. Il perd le bon élément dont il aura encore besoin demain.

La bienveillance exigeante, c'est, l'écoute en privé, la compréhension du contexte et la reconnaissance du travail fourni. Puis l'exigence ferme, non négociable.

Dans vos équipes, avez-vous le courage de recadrer vos bons éléments dès le premier dérapage ?

Ou attendez-vous que la situation pourrisse ?

L'histoire des hommes plutôt que les théories à la mode!

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